El escritor (en el medio) con el
alemán Stefan Strohecker, su esposa e hijas en su campo de Fernández
(Argentina) -1989.
Julio Carreras (h) connaît l'Inisme dans la prison de La Plata (janvier 1976-octobre 1982), où il se trouvait pour des raisons politiques, ayant été entre autres rédacteur de la revue Posición y Patria Nueva ainsi que coordinateur du Primer Congreso Internacional por la Libertad de Prensa (Facultad de Córdoba, 1974). La revue Pájaro de fuego avait en effet publié la lettre de Gabriele-Aldo Bertozzi "A nuestros hermanos de la Argentina". Ce qu'il lit le frappe profondément parce qu'il voit dans le nouveau mouvement de poésie les caractéristiques que devraient posséder toutes les avant-gardes pour préparer l'art de demain. A sa sortie de prison, il connaît le poète porteño Hugo Fiorentino, lui aussi très intéressé à l'Inisme. Carreras contacte Laura Aga-Rossi qui lui envoie le premier cahier iniste Qu'est-ce que l'Internationale Novatrice Infinitésimale. Son enthousiasme croît et le pousse à faire partie du mouvement avec Fiorentino. Nous sommes en 1985, la même année il crée et dirige la revue littéraire Quipu de Cultura, autre organe avec El Liberal dont il soigne la première page culturelle qui s'occupe de diffuser l'Inisme. A eux s'unissent Esteban Olocco et Daniel Doñate tous deux de Córdoba, parallèlement il rencontre Maximiliano Mariotti déjà inséré dans le premier cahier iniste qu'il connaît bien. En 1986, Carreras (Santiago del Estero) écrit le Primer Manifiesto INI Argentino (22 juillet) contresigné par Hugo Fiorentino (Buenos Aires), Esteban Olocco (Córdoba) et Daniel Doñate (Córdoba). "Quatre auteurs donc de trois centres différents de la vaste Argentine" (ce qui n'est vraiment pas négligeable). Les composantes 'internationale', 'novatrice', 'infinitésimale', figurent dans tout le texte, mais "l'infini, pris dans son sens iniste, semble le principal objectif des argentins". Cependant Bertozzi dit que "le texte est trop marqué de Surréalisme; ce qui laisse penser que le mouvement de Breton n'a pas été dépassé" (Inismo Spagnolo e Argentino, Chieti, Solfanelli, 1992, pp. 21-22). La révolution du signe épouvante en effet les cosignataires qui n'osent pas abandonner la vieille forme, aussi Carreras reste-t-il le seul représentant de l'Inisme argentin. Le révolutionnaire est cohérent, éthique et esthétique sont ressenties peut-être encore plus profondément car payées au prix de la liberté physique; c'est pourquoi il rédige le deuxième manifeste (22 juillet 1990). Bertozzi écrit dans le livre susnommé: "le II° Manifiesto INI Argentino est la preuve de la force créatrice du pays, accumulée depuis des siècles, prête à exploser comme une supernova, si elle trouve son moment et son juste porte-parole. [...] Julio Carreras (h) démontre ici que le Primer Manifiesto n'était pas un cas, un exploit heureux mais unique; il y revient en effet, partant de la Genesi [...] pour arriver à l'affirmation de la "mayor revolución cultural de los últimos tiempos". Sa langue, sûre comme les idées qu'elle exprime, fait de ce texte un chef-d'uvre de notre époque: la seule préoccupation est que sa 'lumière' comme celle d'une supernova, arrive 'sur la Terre' seulement après un certain temps et pour peu". L'année suivante, en juin 1991, Carreras publie Inismo en Argentina, le troisième Manifeste. Uni aux deux autres qui le précèdent, il forme, comme dit Gabriele-Aldo Bertozzi (toujours dans Inismo Spagnolo e Argentino), "une vraie trilogie théorique". "Les capacités de l'auteur, Julio Carreras (h), semblaient ne plus nous surprendre, cependant je me souviendrai toujours de l'admiration des inistes du groupe romain quand ce troisième manifeste fut lu pour la première fois! Nous fûmes frappés de la conscience réelle sur la situation argentine que la force créatrice ne peut rendre passive et des expressions comme 'nous avons décidé de prêter une plus grande attention à la profondeur plutôt qu'à l'originalité' qui, rapportées justement à cette réalité, différente de la nôtre, font preuve d'un sens d'évaluation vraiment extraordinaire." (p. 124). La force des manifestes de Carreras se propage toujours plus, en Italie et dans le monde. En Espagne, le groupe Koiné a adopté de façon intégrale le premier manifeste, ne l'enrichissant que d'un point de vue graphique. Bérénice. Rivista di studi comparati e ricerche sulle avanguardie est le lieu principal de diffusion de l'Inisme argentin en Italie.En 1997, Carreras publie le roman iniste Bertozzi (Santiago del Estero, Quipu editorial), maturité et accomplissement de tous les thèmes et théories précédemment entrevus et esquissés dans d'autres romans et nouvelles. Le protagoniste est un personnage spécial qui réunit en lui des caractéristiques mystico-philosophiques, un visionnaire comme Carreras ne pensait pas qu'il puisse en exister dans la vie réelle, jusqu'à ce qu'il connaisse personnellement, en mai 1995, durant le congrès Arti Comparate, "L'Idea di Visionario" (Pescara), Gabriele-Aldo Bertozzi. Le moment, magique, a permis à plusieurs intuitions, explorations et attentes de s'accomplir et de s'exprimer sans aucun effort, après des années de tentatives où pas même les personnages de ses histoires ne parvenaient à sortir victorieux.
(traduction de Marinisa Bove)